La pluie m’écrase

(paroles et musique : Sébastien G. Couture)
© Sébastien G. Couture, 1991 (SOCAN)

Cette nuit, je rentre tout seul chez moi;
J’me sens ben étrange par en dedans.
La pluie m’écrase pis y a du vent,
Mais j’gèle même pas; je pense à toi.

J’aligne mes pas le long du trottoir;
Y a un gars qui me demande de l’argent.
J’lui en donne, j’sais même pas comment
J’sais plus compter, il fait trop noir.

J’entends les gens qui rient dans le bar;
Sont ben au chaud, à boire de la bière.
Ça me ferait du bien de rentrer m’asseoir,
De voir du beau monde puis de rire d’hier.

Mais à soir j’ai pas le coeur à ça;
Faut dire que je l’ai plus à grand’ chose.
Y en a qui voient la vie en rose;
Ça me fait rire jaune d’entendre ça.

J’m’arrête quand même devant l’entrée,
J’pense une seconde que t’es p’t-être là
En train de danser avec un autre gars,
En train de sourire puis de m’oublier.

C’est ça le mieux que t’as à faire:
Chasse-moi bien loin de tes pensées
Parce qu’après tout c’qui s’est passé,
Ton pardon te coûterait trop cher.

On dit que l’amour, ça rend aveugle;
Alors moi j’l’étais à tel point
Que j’ai même pas pu voir le tien,
Puis là j’me retrouve encore tout seul.

Pourtant, j’avais juste à regarder:
L’amour te sortait par les yeux
Mais ton corps me semblait bien mieux
Que les trésors qui y étaient cachés.

P’t-être que si j’t’avais écouté
Au lieu de jouer ce drôle de jeu,
J’serais en train de te manger des yeux,
À te trouver belle, à te caresser.

P’t-être que là, j’pourrais le dire que je t’aime,
Te le dire pas juste avec ma bouche;
Que ce soit ancré dur comme une souche
Dans le fond de mon coeur et dans mes veines.

Mais j’ai voulu jouer au plus fin,
Aller voir ailleurs si c’était mieux;
Courir des malheurs peints en bleu,
Des chimères qui mènent à rien.

Puis là, je rentre tout seul chez moi;
J’me sens bien étrange par en dedans.
La pluie m’écrase, il y a du vent,
Mais j’gèle même pas; je pense à toi.
Mais j’gèle même pas; je pense à toi.

J’aimerais ça geler mais…

Charlesbourg, 26 novembre 1991

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Historique

Petite chanson longue et dépressive qui avait bien marché à l’époque. Faut dire qu’elle était pas si mal. La petite Maude avait même fait un travail d’école dessus, ce qui m’avait beaucoup touché.

L’action se passe sur la rue Saint-Jean (Québec), curieusement devant… le « Bistrot ». Ben ouais !

Pourtant, et je vous prends à témoin, jamais je n’ai mis les pieds dans cet endroit sordide – où les jeunes Ontariens viennent foutre le bordel pendant leur Spring Break et où les bagarres sont monnaie courante entre les mineurs à calotte assoiffés de cocktails qui fréquentent, hélas, ce lieu –, à part peut-être quatre ou cinq fois, très tard, complètement bourré et qu’on m’y traînât de force…

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