L’Équipage – Joseph Kessel

kessel_equipageCommencé et terminé en décembre 2014

C’est l’histoire de Jean Herbillon, jeune bellâtre idéaliste, qui quitte famille et maîtresse pour partir servir son pays dans l’aviation, près des lignes allemandes. Il est observateur, ce qui consiste à accompagner son pilote au-dessus des tranchées et des territoires occupés afin de faire des relevés et, accessoirement, à se faire tirer dessus par les ennemis. On ne vit pas vieux dans ce métier, à preuve, le jeune Herbillon y passera à la fin du bouquin.

Le capitaine Gabriel Thélis, jeune et charismatique trompe-la-mort, dirige l’escadrille d’une main ferme mais guillerette et tous les hommes l’adorent. Chacun a bien sûr son histoire et ses fêlures, mais de braver tous ensemble la mort au quotidien rapproche ces hommes.

On passe beaucoup de temps au mess à boire des verres, à jouer aux cartes et à discuter. À croire que ces hommes se la coulent douce. Mais quand il s’agit de partir en reconnaissance, tout le monde est volontaire. Et tout ce temps, le jeune Herbillon correspond avec sa maîtresse, Denise, qui l’aime passionnément.

Arrive un jour un nouveau pilote, Claude Maury, un peu plus vieux que ses compagnons. Il n’est pas bien accepté par les autres car il semble porter la poisse sur ses épaules, et on est vite superstitieux chez les aviateurs. Herbillon se lie tout de même d’amitié avec cette cinquième roue de carrosse, qui boit peu et sourit peu et qui traîne avec lui une étrange mélancolie. Ils feront bien vite équipe; personne ne voulant voler avec Maury bien qu’il soit excellent pilote.

Maury s’ouvre peu à peu à Herbillon, épaté par l’ingénuité du garçon pour qui les histoires de cœur avec sa maîtresse semblent légères et n’apporter que bonheur. Lui est marié et il lui semble que son épouse n’a pas d’élan du cœur vers lui, qu’elle ne partage pas toute la passion qu’il éprouve pour elle. Il lui écrit pourtant des lettres enflammées qui n’éveillent pas d’écho. Maury est bien triste, et les deux hommes boivent un peu pour parler d’autre chose.

Un jour, Herbillon est en permission et rentre à Paris. Maury lui confie une lettre pour sa femme. Et là, coup de théâtre, il s’aperçoit que Denise, sa maîtresse, et Hélène, la femme de Maury, sont une seule et même personne. La coquine savait bien qu’un jour ça se saurait car, son mari comme son amant parlant chacun de son coéquipier, elle avait bien fini par déduire que, coquin de sort, ils s’étaient rencontrés. Herbillon est effondré, il se fait très distant avec Maury, mais garde le silence. Maury est désespéré de ce changement chez son ami. Il soupçonne dans un premier temps que celui-ci est tombé amoureux de sa femme lors de sa visite et que cela est la cause du malaise. Mais comme Herbillon ne dit rien, l’imagination de Maury part en roue libre et il s’imagine trompé par sa femme et par son ami, sans vraiment en avoir la certitude.

La fin nous mène dans un combat épique dans le ciel, contre des ennemis bien réels qui tournent autour d’eux et leur bloquent le chemin du retour. Maury aimerait bien savoir avant de mourir si Herbillon l’a oui ou non cocufié. Il est torturé par cette pensée d’autant plus qu’il aime sincèrement son jeune coéquipier. Mais le combat fait rage, leur avion est touché, et Maury réussit à se poser en catastrophe, aux limites de la résistance humaine. Il se retourne pour sourire à son ami, mais celui-ci a un gros trou dans la tête.

Le livre se ferme sur Maury convalescent avec sa femme à son chevet. En la voyant pleurer, il comprend tout, et maudit son sort et la mort de son ami. Mais il ne rejette pas son épouse pour autant car – cette fin est sublime, pleine de sentiment et de calcul à la fois – « Hélène oublierait avant lui l’aspirant Jean Herbillon ».

Kessel n’avait que vingt-cinq ans quand ce livre a été publié. On sent que sa plume n’est pas encore aguerrie mais que ça promet. D’ailleurs, quand j’ai ouvert ce livre dans les chiottes de chez Mick, tellement c’était élégamment écrit, avec des mots choisis mais sans être précieux, il m’est venu des larmes dès les premières pages (faut dire qu’on n’avait pas bu que de l’eau).

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